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Supercalc— prévoyance suisse

3a ou 3b : la différence, et les deux phrases qu’on vous vend

Ce ne sont pas deux versions d’un même produit, et il n’y a pas de gagnant dans l’absolu. Le 3a achète une déduction contre un blocage ; le 3b achète la disponibilité contre l’absence de déduction. Tout le reste découle de là.

Comparaison du 3e pilier A et du 3e pilier B, critère par critère
Ce qui change3e pilier A3e pilier BFondement
Déduction du versementOui, jusqu’au plafond OPP 3 (7 258 ou 36 288 francs en 2026)Pas de déduction propre. Seule la déduction générale des primes d’assurance s’applique, et l’assurance-maladie la satureOPP 3 art. 7 al. 1 / LIFD art. 33 al. 1 let. g
Disponibilité de l’argentBloqué jusqu’à cinq ans avant l’âge de référence, hors motifs légauxLibre, sous réserve de ce que prévoit le contratOPP 3 art. 3
Imposition à la sortiePrestation imposée séparément des autres revenus, au cinquième du barèmeCapital exonéré ; le rendement d’une police à prime unique est imposé sauf trois conditionsLIFD art. 38 al. 2 / art. 24 let. b / art. 20 al. 1 let. a
Choix des bénéficiairesOrdre fixé par l’ordonnance, marge de manœuvre étroiteDésignation libre, sous réserve du droit matrimonial et successoralOPP 3 art. 2
Qui peut y verserIl faut un revenu d’activité lucrative soumis à l’AVSAucune condition de revenu d’activitéOPP 3 art. 7 al. 1

« Le 3b aussi est déductible » : l’arithmétique qui règle la question

C’est exact à la lettre. Une déduction générale des primes d’assurance existe, et une police 3b y entre. Mais lisez ce que ce plafond contient :

« … les versements, cotisations et primes d’assurances-vie, d’assurances-maladie et ceux d’assurances-accidents… ainsi que les intérêts des capitaux d’épargne… jusqu’à concurrence du montant maximal de : 1. 3 700 francs pour les couples mariés vivant en ménage commun, 2. 1 800 francs pour les autres contribuables »

Article 33 alinéa 1 lettre g LIFD

Le plafond est partagé avec l’assurance-maladie. Et 1 800 francs par an, pour une personne seule, cela fait :

Le seuil, ramené au mois

150francs de primes par mois

Au-delà, le plafond fédéral est atteint. Regardez votre prime d’assurance-maladie : si elle dépasse ce montant, c’est déjà fait.

Ce que votre prime 3b ajoute alors

0franc de déduction fédérale

Le plafond étant saturé, la prime d’assurance-vie n’ouvre plus rien à l’impôt fédéral direct. Comparez avec les 7 258 francs pleinement déductibles d’un 3a.

Pourquoi nous vous faisons faire le calcul plutôt que de citer une moyenne. Avancer une prime d’assurance-maladie moyenne demanderait une source que nous n’avons pas collectée. La division du plafond par douze, elle, se vérifie sur votre propre décompte et ne dépend d’aucune statistique. C’est la même méthode que le test de la fiche de salaire pour les frontaliers.

Pourquoi le canton change tout

Le plafond fédéral de 1 800 francs ne vaut que pour l’impôt fédéral direct. La loi d’harmonisation prévoit la même déduction pour les cantons, mais leur en laisse expressément le montant :

« … jusqu’à concurrence d’un montant déterminé par le droit cantonal ; ce montant peut revêtir la forme d’un forfait. »

Article 9 alinéa 2 lettre g LHID

Résultat : six cantons romands, six montants — et surtout deux structures différentes, qui décident si votre prime 3b ouvre quelque chose ou rien.

Genève et Fribourg : là, le 3b est bel et bien déductible

Le raisonnement ci-dessus vaut pour l’impôt fédéral direct. Deux cantons romands fonctionnent autrement, et la différence est décisive : chez eux, la prime d’assurance-vie a son propre compartiment, que l’assurance-maladie ne peut pas absorber.

Genève — LIPP article 31 lettre d

2 200francs, personne seule — 3 300 pour un couple marié

Montants doublés si vous n’êtes affilié ni à un 2e pilier ni à un 3a, et portés à une fois et demie si un seul des deux conjoints l’est. Plus 900 francs par charge de famille.

Fribourg — LICD article 34 alinéa 1 lettre g

750francs — 1 500 pour un couple marié

Sous-limite propre aux primes d’assurance-vie, à l’intérieur d’un plafond global arrêté chaque année par le Conseil d’État.

Ce qui rend ces montants réels, c’est une phrase du texte fribourgeois :

« … 1.2 les primes d’assurances-vie, jusqu’à concurrence de 1 500 francs pour les personnes mariées vivant en ménage commun et de 750 francs pour les autres contribuables ;… 2. Aucune compensation n’est possible entre les diverses déductions. »

Article 34 alinéa 1 lettre g LICD (Fribourg)

Autrement dit : les sous-limites sont étanches. Une prime d’assurance-maladie élevée n’entame pas le montant réservé à l’assurance-vie, et inversement. C’est l’exact contraire du mécanisme fédéral.

Genève arrive au même résultat par une autre voie : l’assurance-maladie y relève d’un article distinct, l’article 32, avec son propre plafond — le double de la prime moyenne cantonale déterminée par l’Office fédéral de la santé publique. Elle ne consomme donc rien du montant de l’article 31.

Les quatre autres : un plafond global, mais bien plus haut qu’au fédéral

Vaud, le Valais, Neuchâtel et le Jura fonctionnent comme la Confédération : un montant global, partagé avec l’assurance-maladie. La différence est le niveau — deux à trois fois le plafond fédéral de 1 800 francs. Il n’est donc plus systématiquement saturé, et une prime d’assurance-vie peut y trouver de la place.

Plafond global de déduction des primes d’assurance, par canton
CantonPersonne seuleCouple mariéFondement
Vaud6 400 francs12 800 francsLI art. 37 al. 1 let. g (Vaud)
Valais3 800 francs7 600 francsLF art. 29 let. g (Valais)
Neuchâtel2 500 francs4 900 francsLCdir art. 36 let. g (Neuchatel)
Jura3 200 francs6 400 francsLI art. 31 let. d (Jura)

Ces montants sont des plafonds globaux : la prime d’assurance-maladie s’y impute d’abord. Ce qui reste, s’il reste quelque chose, est disponible pour une prime d’assurance-vie. Plusieurs cantons majorent encore ces montants — par enfant à charge, ou lorsque le contribuable ne cotise ni au 2e pilier ni au 3a.

Vaud mérite une lecture attentive. Son plafond global de 6 400 francs ne sert pas entièrement aux primes : une sous-limite de 4 800 francs s’applique aux primes elles-mêmes, sous déduction des subsides à l’assurance-maladie obligatoire. Le solde est réservé aux intérêts d’épargne, plafonnés à 1 600 francs. Lire le seul chiffre global surestimerait ce qui est réellement disponible.

Ce que nous ne publions pas. Le plafond global fribourgeois est arrêté chaque année par le Conseil d’État ; nous donnons les sous-limites, qui figurent dans la loi, pas ce plafond. Et les conditions exactes du supplément genevois majoré à 1 350 francs par charge de famille n’ont pas été vérifiées : nous nous en tenons aux 900 francs que le texte donne sans condition particulière.

« Le 3b n’est pas imposé à la sortie » : vrai, sauf dans un cas précis

Le principe est bien celui-là, et il est écrit :

« Sont exonérés de l’impôt : … les versements provenant d’assurances de capitaux privées susceptibles de rachat, à l’exception des polices de libre-passage. L’art. 20, al. 1, let. a, est réservé. »

Article 24 lettre b LIFD

Toute la question tient dans cette réserve. L’article 20 vise les polices financées par une prime unique — celles qu’on alimente d’un seul versement, souvent important, plutôt que par des primes annuelles :

« Est imposable le rendement de la fortune mobilière, en particulier : a. les intérêts d’avoirs, y compris les rendements versés, en cas de vie ou de rachat, d’assurances de capitaux susceptibles de rachat et acquittées au moyen d’une prime unique, sauf si ces assurances servent à la prévoyance. La prestation d’assurance est réputée servir à la prévoyance lorsqu’elle est versée à un assuré de 60 ans révolus en vertu d’un contrat qui a duré au moins cinq ans et qui a été conclu avant le 66e anniversaire de ce dernier. Dans ce cas, la prestation est exonérée. »

Article 20 alinéa 1 lettre a LIFD

Deux précisions qui changent la portée de cette règle. Ce n’est pas le capital qui devient imposable, mais le rendement — les intérêts et rendements versés. Et les trois conditions sont cumulatives :

Une seule qui manque, et le rendement redevient un rendement de fortune mobilière ordinaire, imposé au barème plein — donc à votre taux marginal, sans le barème privilégié dont bénéficie un retrait de 3a.

Ce que la déduction du 3a vous coûte en échange

Le 3a n’est pas gratuit non plus. Vous achetez la déduction avec deux contraintes : l’argent est bloqué jusqu’à cinq ans avant l’âge de référence hors motifs légaux, et la prestation est imposée à la sortie — séparément des autres revenus, au cinquième du barème, mais imposée.

Alors, lequel ?

La question honnête n’est pas « lequel est le meilleur » mais « qu’est-ce que je cherche à acheter ». Trois situations recouvrent l’essentiel des cas :

Et dans les deux cas, les frais restent le premier facteur. Une police 3b d’assurance porte la même structure de coûts qu’une police 3a : frais d’entrée, frais courants, frais de fonds, coût de la couverture. Sur trente ans, cet écart pèse davantage que la différence de régime fiscal dont traite cette page. Notre comparateur chiffre ces frais à partir des feuilles d’information de base publiées par les compagnies.

Ce que cette page ne dit pas

Elle ne donne aucun plafond cantonal de déduction des primes : ils relèvent du droit cantonal et nous ne les avons pas collectés. Elle ne traite pas l’impôt sur la fortune, où la valeur de rachat d’une police entre dans la fortune imposable selon des règles cantonales, ni les droits de succession et de donation, cantonaux eux aussi, qui peuvent frapper un capital versé à un bénéficiaire non parent.

Enfin, une assurance-vie liée à des fonds ne se traite pas comme une police classique : la part de rendement s’y détermine autrement. Nous ne l’étendons pas par analogie.

Sources : LIFD (RS 642.11) articles 20, 24, 33 et 38, texte consolidé au 1er janvier 2026 ; LHID (RS 642.14) article 9, texte consolidé au 1er janvier 2025 ; OPP 3 (RS 831.461.3) articles 2, 3 et 7 ; montants-limites OFAS 2026. Textes lus le 20 août 2026. Le détail de chaque montant figure sur la page d’où viennent nos chiffres.